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Maculée conception

Publié le par Mag'passion

CHRISTOPHER WOOL

Maculée conception

 

      "Je suis plus intéressé par la question de savoir comment peindre plutôt que de quoi peindre", dit volontiers l'artiste américain. Usant d'éclaboussures, de mots, de giclures, jouant des superpositions, Christopher Wool réinvente la peinture. Une logique du chaos à decouvrir au musée d'Art moderne de a Ville de Paris.

 

       Quand l'immeuble de son atelier New-Yorkais fut ravagé par un incendie en 1996, Christopher Wooll envoya les photos du sinistre à son assureur, comme on le ferait tous en pareil cas. Mais de ces images, lui, il en a fait un portfolio* en noir ( de suie ) et blanc ( lavasse ). Normal:avec ses fenêtre explosées, le sol jonché de papiers, de cartons et de gravats, la plafond crevé, incident on 9th Street colle à ce que l'artiste a toujours photographié: des ruelles, des impasses aux trottoirs tachés de flaque d'huile ou inondé par l'eau que fégorge une bouche d'incendie vandalisée, des murs tagués et retagués, une carcasse de voiture ou un fauteuil abandonné. Des zones ou la ville fait sa sale crise.

       Christopher Wool n'a pas l'air d'un punk. Mère psychiatre et père proffeseur de biologie, élevé à Chicago, calme et réservé, il est à 57 ans un des artistes américains les plus importants de sa dénération. Celle qui, portée par l'esprit de contradiction, se mit à peindre à la fin des années 1980 ( à l'époque ou le milieu de l'art se détournait de la peinture ) et celle qui dansait au Mudd Club, dans le cartier de TriBeCa, sur la musique dissonante et bruitiste nommée no wave en réation à la trop commerciale new wave. Plus tard, Christopher Wool se souviendra de cette contre-culture radicale en collaborant avec Sonic Youthn héritiers noisy du punk rock, pour la pochette de leurs album Ratheur Ripped et en programmant l'an dernier à Marfa, au Texas, où il réside en partie, une rétrospective des films no wave expérimentaux dans lesquels les taches et les altérations de la pellicule font partie de l'histoire.

     Ce même genre d'altération palpable que recherche Wool en éditant en 1984 son premier livre (quatre exemplaires): des photocopies de 93 dessins de bière sur le mur. Il est alors assistant dsu sculpteur Joel Shapiro mais a surtout découvert les éviers moulés de Robert Gober, dont il dira alors:"Je compris qu'il avait fais un truc, je compris qu'il fallait que je fasse un truc." Le truc en question, ce sera les peintures de mots, en 1988, qui affiche, sur des tableaux en aluminium, des phrases en forme de sauve-qui-peut, des mots aggréssifs et inquiétants, parfois tronqués (TR/BL pour Trouble), tracé en capiltales d'imprimerie, mais coupés de manière fautive: SELL THE/HOUSE S/ELL THEC/AR SELL THEKIDS (Vends la maison, vends la voiture, vends les enfants), citation tirée du fil de la débâcle américaine au Vietnam, Apocalypse Now. Ou encore INSOMNIAC, RUN, RIOT..., un index pour une société (et une économie) en crise. Le peintre va d'ailleur noircir le tableau et abanddonner les mots au profit de motifs décoratifs d'un noir implacable; Mais la trame répétitive de ces petites fleurs ou de ces arabesques finit vite par s'empâter et faire de grosses traces noueuses: la peinture crachote comme une imprimante bourrée.

         Dès lors, Wool chargera la mule jusqu'à plus soif, recouvrant ses oeuvres de leurs propre photocopies ou d'impressions jet d'encre, avant d les repeindres aussitôt à la bombe aérosole, de les badigeonner à coups de rouleau ou de prolonger au pinceau des traces qui figuraient déjà sur le tableau avant que ces couches ne viennent les enterrer. Peinture, images de cette même peinture maculée à leurs tour de ligne hésitantes: le tableau devient la somme de ces répentirs en série, un plan choatique qui répertorie toutes les impasses et les racourcis empruntés par l'artiste, pour finir la ou tout avait commencé, devant un tableau qui ce cherche encore. Ces altérations succésives signalent que l'oeuvre consiste précisement deans ce processus de baigaiement, de rassassement. Qu'elle travaille à se faire autant qu'à se défaire, qu'à inventer autant qu'à (se) copier. Et le peindre d'attendre activement que des bugs surviennent dans cette chaine de production.

           Les rielles poisseuses et déglinguées de ses premières photos ont ainsi dégouliné jusque sur ses tableaux. Lesquels, pour être abstraits au sens strict, peuvent passer pour les meilleurs images d'une époque troublée (d'aucuns diraient un surrectionnelle), où tout est incertain et bancal, où tout se chevauche et se télescope, les tags, les revendications, les corp sur la piste de danse de Mudd Club ou d'ailleurs, où les perspectives d'avenir s'assombrissent  et les lignes de fuite s'emmêlent.

            En 1991, Wool réalisait un immense tableau qui placardait ces mots empruntés à l'écrivain situationniste Raoul Vaneigem:"La représentation est terminée. Le public se lève. Il est temps d'enfiler son manteau et de rentrer à la maison. On se retourne: plus de manteau ni de maison."

 

Wool-1.jpg wool-5.jpg wool-2.jpgwool-3.jpg                wool 6                    wool-7.jpg

 

 

portfolio*: sortee d'enveloppe ou de coffret contenant une série de lithographie, ou de photographies à tirage limité.

 

D'après la magazine des "Beaux Arts"  du Avril 2012 /BAM 334.

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